Le Croupier d’Alexandria

Roman de clairvoyance souterraine

Le Croupier d’Alexandria est un roman de clairvoyance souterraine, où l’élégance du style voile à peine la violence métaphysique du monde qu’il explore. Noé, le protagoniste, dérive dans un univers feutré et saturé, où le temps ne passe plus mais se répète, dissous dans l’ambre d’un casino étrange, miroir d’un monde sans dehors.

Le récit s’ouvre sur l’indolence apparente d’une partie qui ne commence jamais. Autour de la table, cinq figures : Noé, errant lucide et mélancolique, John, ingénieur du réel réduit au protocole, Marguerite, prêtresse sans mystère d’un spirituel de pacotille, Eva, noblesse déchue aux gestes devenus incertains, et Mister X, présence spectrale, sans nom propre, avatar d’une cybernétique sans sujet.

Mais ce casino n’est pas un lieu : c’est une mise en scène de l’entropie, un théâtre fermé orchestré par des Croupiers anonymes, maîtres d’un jeu dont les règles ont été oubliées. L’un d’eux, illégitime, usurpe sa fonction, prolongeant artificiellement la stagnation du monde.

À mesure que la surface se craquelle, le roman révèle sa nature profonde : il ne s’agit pas d’un lieu mondain, mais d’un vaisseau submergé, dernière matrice d’une humanité en suspens, errant dans les abysses en attente de reconfiguration.

Dans sa finalité, il réalise que cette philosophie doit de toute façon s’accomplir dans une action à la hauteur de ses ambitions: un homme intelligent doit produire des choses intelligentes et s’attaquer aux choses de son niveau. Sa nouvelle religion, qu'importe la forme, doit être à l’image des hommes qui l'incarnent, le jeu en cours doit être un travail permanent. Il n’y a pas de pure philosophie platonique de meilleur acabit, mais il y a des formes, des mouvements, des nomadologies contemporaines, qui dans leur émergence, sont imprégnées d’une certaine qualité. Cet homme qui est à l'avant garde de sa sensibilité ne doit pas tomber dans les écueils d’une âme orgueilleuse qui deviendrait fixe: le mouvement appelle encore à l’éternité, l’éternité d’un mouvement religieux. Le jeu d’Alexandria est indéfini, indescriptible, c’est un quelque chose d’autre émergent, qui n’a pas de nom, et qui ne peut pas apparaître. Ces règles sont pressenties, mais jamais garanties, sa possibilité invoque les hommes vers une discipline autre, une organisation diverse, quelque chose d’autre qui traverse le courant du temps. Alexandria refuse d’être capturée, et demeure ésotérique. Sa théologie est murmurée par les vacarmes de l’époque, et comme d’autres temps, elle va chercher ces prophètes dans les contradictions, dans les entrailles, dans les sublations de l’histoire. Elle vous recrutera par la fatigue, par les coïncidences, par l’entrebâillement des inepties de votre temps. Et chaque fourmi travaille, les hommes robots, les hommes fatigués, les hommes qui refusent de vivre dans la société, vous tous vous l’invoquerez… Alexandria… par vos contradictions, par vos abîmes. La grande nécropole de votre époque, qu’elle se réjouisse d’être la nourriture d’un golem plus fantastique! Alexandria c’est un nouveau mythe… non… une armada de pratiquants, une nuée de sectes, des bruissements pressés de l’absolu qui divagueront entre le réel et le virtuel, les dystopies n'existent pas, tous vos malheurs sont recyclables, tout sera ravalé par ceux qui peuvent… par ceux qui vous succéderont! Les barbares rhizomatiques s'arment sans le savoir dans leur rancune, dans leur velléité, engagé par un dieu sans tête, les mercenaires homogènes rêvent d’un massacre sans langage! L’univers crache sans cesse sur lui-même, des initiative pour le désarticuler! Où sont les joueurs? Ce n’est pas ici que ça se passera! Vous avez encore les postures trop raffinées, trop passéistes pour être ceux que j’accompagne! Où est ma table? Dans quel casino sommes-nous?